MANKOO TAXAWU SENEGAAL: Le serment du jeu de paume aura tenu à peine un mois

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Mankoo Taxawu Senegaal, c’est fini, du moins dans la mouture originelle qui avait semé le doute et peut-être l’effroi dans l’esprit des membres de la mouvance présidentielle. Désormais, la super coalition s’est cassée en deux. Avec d’une part tous ceux qui avaient été battus avec Me Abdoulaye Wade et le Parti démocratique sénégalais, à la présidentielle de 2012 (Mamadou Lamine Diallo constituant l’exception) et, d’autre part, ceux qui avaient soutenus le vainqueur, le Président Macky Sall, avant de prendre le large ou d’être tout bonnement écartés.

Mais comment en est-on arrivé là ? La réponse est loin de couler de source. Car, au moment où cette fameuse coalition Mankoo Taxawu Senegaal était en chantier, d’aucuns y voyaient la panacée pour obliger le pouvoir du Président Macky Sall à subir une cohabitation, avec une majorité de l’opposition à l’Assemblée nationale. Une expérience que le Sénégalais lambda appelait de son vœu, surtout au vu de la piètre qualité de la douzième Législature qui s’achève, considérée comme la pire de l’histoire du Sénégal. En tout cas, l’idée de mettre sur pied cette grande coalition de l’opposition avait été accompagnée de déclarations d’intention des ténors, décidés à taire leurs égos au profit de l’objectif unitaire. Et pour cimenter ce serment du jeu de paume à la sénégalaise, qui mieux que Me Abdoulaye Wade, le vieux lion qui s’était retiré loin du pays, là-bas à Versailles ? Aussi, depuis sa retraite, Wade reçoit Malick Gakou, Mamadou Diop Decroix, Bamba Fall etc., envoie des directives au Comité directeur du Pds, parle au téléphone avec Idrissa Seck, appelle à manifester pour la libération de Khalifa Sall. Mais surtout, le prédécesseur de Macky Sall appelle à un large front de l’opposition pour les législatives, insistant sur la nécessaire générosité qui doit animer les leaders pour la confection des listes. Tout semblait donc aller dans le meilleur des mondes pour l’opposition et même le banni Karim Wade, depuis son exil qatari, s’invite dans la danse et mobilise ses partisans.
Dès sa mise en place, le 4 mai dernier, Mankoo Taxawu Sénégal s’était fendu de 11 engagements, signés par ses parties prenantes et à mettre en œuvre après obtention de la majorité à l’Assemblée nationale, le 30 juillet prochain. Mais n’était-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? Car, au-delà de ce qu’il faut faire après obtention de la majorité à l’Assemblée, il y a la nécessité, malheureusement éludée, de définir comment aller à ses élections. En attendant, Mankoo s’est mis à bomber le torse, organisant un regroupement pour la libération du maire de Dakar Khalifa Sall, le 19 mai. Cette revue des troupes fut pour le moins probante et tous les leaders n’en ont eu que pour Khalifa Sall, qui doit être libéré, Karim Wade, qui doit rentrer de son exil au Qatar, Abdoulaye Wade, porté au pinacle pour son action au service du Sénégal.
Malheureusement, cet élan unitaire affiché à la face du pays par tous ces leaders ne tenait que parce qu’on n’avait pas abordé les investitures aux législatives. Les choses se sont plus compliquées à partir de l’instant où le Président Wade, pressenti pour diriger la liste nationale, s’est déclaré non demandeur d’une quelconque investiture et seulement disposé à financer la campagne de Mankoo et à accompagner. Pourtant, alors qu’il s’inscrivait sur les listes électorales, à Paris, le pape du Sopi s’était dit prêt à assumer une tête de liste pour les législatives. Or, le pouvoir avait sorti de son chapeau une parade à l’implication de Me Wade, en l’affaire du rapport de l’Ige sur le Fesman, agité comme un épouvantail. Qui connait Wade sait qu’il ne mettra pas en péril la liberté de sa fille Sindiély, citée dans ce fameux rapport où des milliards ont été dissipés. C’est peut-être cela qui a changé la donne au sein de Mankoo Taxawu Senegaal.
Et dès que les concertations ont débuté pour les investitures, un clivage net est apparu entre Oumar Sarr, coordonnateur du Pds et Khalifa Sall, maire de Dakar et leader d’Initiative 2017. Tous deux voulant diriger la liste nationale libérée de fait par Me Wade, l’entregent de Malick Gakou et d’Idrissa Seck n’y feront rien. Et au bout de plusieurs rounds de négociations, durant lesquels les partisans de Khalifa Sall déposeront leur caution, comme du reste d’autres membres de la coalition qui ne se feront pas connaitre, la rupture sera consommée. La coalition Mankoo Taxawu Senegaal n’aura vécu que moins d’un mois pour voir un grand pan se détacher. La scission qui est désormais consommée, avec d’une part Khalifa Sall, Idy, Gakou, Fada, Djamil etc. et, d’autre part, Oumar Sarr et le Pds, Pape Diop, Decroix, Mamadou Lamine Diallo etc., n’est peut-être pas la pire des choses. C’est vrai qu’elle va en rajouter à la cacophonie ambiante de la multitude coalitions en lice pour les législatives, mais elle favorisera l’émiettement dans la lutte sur la proportionnelle, ce qui rendra le partage des sièges plus ardu.
En tout cas, il faut dire que les hommes politiques ne mettent en avant les intérêts des populations que du bout des lèvres. Car cette ruée sur la liste nationale, au-delà d’une volonté de se donner une certaine visibilité en direction de la présidentielle de 2019, cache mal une boulimie de sinécures espérées à l’hémicycle.

Mansour Kane

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