PERSPECTIVES POUR 2017: Entre invectives politiques et bruits de bottes

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Pour sortir des sentiers battus des rétrospectives, compilations des faits saillants de l’année écoulée, il serait temps de changer de cap, pour se tourner résolument vers une prospective, question de mettre en exergue et en perspective des évènements qui surviendront certainement en 2017 ou ceux qui, plus aléatoires, restent seulement dans le domaine du possible. Sans être devin, on peut dire que 2017 sera une année électorale, avec le renouvellement intégral de l’Assemblée nationale. Autre chose dont on peut parler sans en être absolument sûr, c’est la guerre en Gambie, avec des conséquences probablement désastreuses pour les Gambiens, mais aussi pour le Sénégal, notamment dans sa partie sud. Parmi les dossiers judiciaires, le plus immédiat est certainement celui de l’ancien Président tchadien Hissène Habré, condamné à perpète et dont l’appel est examiné par les Chambres africaines extraordinaires. D’autres dossiers judiciaires, liés à la situation politique et à l’année électorale, peuvent subir des embardées inattendues et se retrouver activés dès le début de l’année.

LEGISLATIVES : 2 JUILLET OU PAS ?
Mais le 2 juillet 2017, dans la deuxième moitié de l’année qui démarre, constituera un tournant dans le mandat du Président Macky Sall, puisque l’Assemblée nationale, où il dispose d’une majorité confortable, sera renouvelée et les députés renvoyés à leurs mandants. Toutefois, la perspective n’est pas si absolue pour cette élection législative, vu que les esprits avertis ont vite fait d’attirer l’attention sur le fait que la campagne se déroulant durant le Ramadan, c’est manquer de respect à la croyance de la majorité des Sénégalais. En tout cas, avec les délais imposés par la loi électorale, il va falloir jouer serré pour trouver un canevas adéquat et consensuel. Quoi qu’il en soit, présageons que l’échéance ne sera pas repoussée aussi loin que la présidentielle de 2019, même s’il ne manquera pas des adeptes pour une telle option. Pour dire l’essentiel, il s’agit de savoir comment les cartes seront redistribuées lors de ces législatives. That’s the question, pour faire british. Car la nouvelle configuration de l’hémicycle dépendra de divers paramètres.

CALCUL D’EPICIER POUR UN PARTAGE DU GATEAU DANS LA MAJORITE

La majorité sortante, qui voudra maintenir son hégémonie, sera en butte à des difficultés importantes et à plusieurs niveaux. Déjà, dans le parti du président de la République, l’Alliance pour la République, le plus gros écueil sera la désorganisation et le défaut de structuration. Le chef de l’Etat pense que ce n’est pas un handicap, puisqu’il croit bien tenir les rênes de sa formation politique. Mais ce n’est qu’apparence, parce que la réalité est tout autre et chacun peut le constater tous les jours, avec les bisbilles entre responsables et le feu qui couve au sein de l’Apr dans plusieurs villes et hameaux du pays. En plus, l’arrivée massive de transhumants, en provenance surtout des prairies bleues du Parti démocratique sénégalais, va rendre l’imbroglio des investitures plus inextricable au sein du parti présidentiel.
Ensuite, se posera la question du partage du gâteau avec les alliés, ceux de Macky 2012, mais surtout ceux de Benno Bokk Yakaar. Et la tâche ne sera pas de tout repos, d’autant que l’appel du Président Macky Sall à plus de générosité chez ses partisans est comme tombé dans l’oreille de sourds. Il va donc falloir marchander des positions sur la liste nationale, pour avoir des chances de passer à la proportionnelle et de se retrouver à l’hémicycle. Certainement que le Président Macky Sall enverra sur les départementales et la bataille du « raw gaddu » (règle majoritaire) les cadors qui se bousculaient pour diriger l’Apr dans les régions. Et la conséquence attendue de toute cette ébullition, c’est l’apparition de mécontents, dont certains, les plus importants du point de vue électoral, seront amadoués et promis à des postes de rechange. Mais, comme on ne peut satisfaire tout le monde, il ne manquera pas de jusqu’au-boutistes pour brandir le vote-sanction à l’encontre de la coalition qui portera les espoirs de la majorité à ces élections législatives.

L’OPPOSITION BALANCE ENTRE L’ANCIEN ET LE NOUVEAU

Du côté de l’opposition, les choses ne seront pas non plus simples. Déjà que la division est presque consommée au sein de Manko Wattu Senegaal, que ceux qui y sont restés ne se font confiance que du bout des lèvres, la façon dont cette opposition ira à ces législatives ne peut-être qu’en rangs dispersés. Bien sûr que le noyau autour du Parti démocratique sénégalais (Pds) pourra se consolider ou se ramollir, tout dépendra de la venue ou non du fils du pape du Sopi. Karim Wade, dont son père dit qu’il est en exil forcé au Qatar, promet de rentrer au pays pour se lancer dans la campagne des législatives. Reste à savoir si ceux qui sont en compagnonnage avec le Pds aujourd’hui accepteront de se retirer au profit de « karimistes » potentiels. En tout cas, les coalitions actuelles n’étant pas électorales, mais de circonstance, pour des combats ponctuels, il faut s’attendre à de nouvelles concrétions dans les semaines et mois à venir, d’autant que d’autres coalitions ont vu le jour au sein de l’opposition et comptent bien se mettre dans les starting-blocks des prochaines législatives. Des têtes et des partis émergent pour en prendre les directions ou du moins en faire partie. On peut citer les vieux briscards que sont Idrissa Seck, Pape Diop et même Modou Diagne Fada, mais aussi les nouveaux arrivants comme Khalifa Sall, Ousmane Sonko. Ce qui est sûr, c’est que la majorité gardera bien la main à l’hémicycle, mais elle s’effritera sans conteste du fait de certains reniements que les Sénégalais ne manqueront pas de faire payer, dès cette occasion, à son chef, le Président Macky Sall. Dans la même lancée, le sang neuf qui essaie de se frayer un chemin dans les veines du vieux Parti socialiste peut bien gicler à l’Assemblée, comme pourront y trouver leur place les lanceurs d’alerte qui ont pris en charge le dossier du pétrole et du gaz. Pour dire que les législatives à venir sont parties pour donner le la de la présidentielle de 2019.

DES DOSSIERS JUDICIAIRES AUX RELENTS POLITIQUES

Un autre dossier qui est lié à ces enjeux électoraux est bien celui judiciaire de traque aux biens mal acquis ou simplement d’offense au chef de l’Etat. Et dans ce cadre, des personnalités politiques de l’opposition ont une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes, surtout que, concernant la traque des biens supposés mal acquis, une certaine pression de l’opinion qui ne comprend que Karim Wade ait été jusque-là (avec ses complices) seul à être jugé. Aussi, la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) compte bien reprendre du service en ce début d’année 2017. Sur ses tablettes, Aïda Ndiongue, responsable libérale ou Abdoulaye Baldé, président de l’Union des centristes du Sénégal attendent d’être remis sur la sellette. Et si la libérale a vu son dossier prendre une longue trajectoire aléatoire, Abdoulaye Baldé souffle le chaud et le froid sur le régime de Macky Sall, et son dossier judiciaire d’enrichissement illicite épouse les mêmes températures que son discours. Le responsable libéral Amadou Kane Diallo, poursuivi puis partiellement blanchi pour détournement de deniers publics, vient de lancer un mouvement politique dénommé « Bamtaré » pour briguer des postes de députés. La justice lui en laissera-t-elle le temps ? On verra bien. Deux autres caciques du Pds, Oumar Sarr, député-maire de Dagana et coordonnateur du parti libéral, ainsi que Samuel Sarr, ancien financier de ce même parti, ont une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes, avec des dossiers pendants chez le juge. Le premier poursuivi pour faux et usage de faux, diffusion de fausses nouvelles, pour avoir déclaré que le régime a fait campagne avec « l’argent sale de la drogue et de la corruption ». Le second, traîne un dossier depuis 2014, pour offense au chef de l’Etat et manœuvres de nature à saper les lois.
D’autres, néo-opposants de la trempe du maire de Dakar Khalifa Sall et de ses affidés Bamba Fall, Barthélemy Dias, entre autres, sont aujourd’hui rattrapés par le dossier du saccage de la maison du Parti socialiste, qui cache en filigrane la lutte pour le pouvoir dans ce vieux parti, dont l’actuel patron, Ousmane Tanor Dieng, s’est arrimé corps et biens à l’attelage du pouvoir beige marron, refusant toute velléité de candidature qui s’opposerait à celle de Macky Sall en 2019 ou de liste pour les législatives en dehors de la coalition de la majorité, Benno Bokk Yakaar. D’où les déboires actuels de Bamba Fall et Cie, placés sous mandat de dépôt dans le cadre de ce dossier socialo socialiste.

UNE GUERRE EN GAMBIE POURRAIT DEBORDER EN CASAMANCE
Enfin, ce qui peut dès le 20 janvier embraser la région, c’est la guerre en Gambie, où les soldats sénégalais seraient en première ligne. Tout est fait pour éviter ce conflit qui se profile à l’horizon, mais le Président sortant Yaya Jammeh a engagé avec la communauté internationale un bras de fer dont l’issue prend une orientation violente. En effet, battu à travers les urnes par son challenger Adama Barrow et reconnaissant aussitôt sa défaite en félicitant son tombeur, le dictateur qui a dirigé d’une main de fer pendant 22 ans ce petit pays enclavé dans le Sénégal a vite fait de changer de position. Contestant les résultats et déposant, par le biais de son parti, un recours auprès de la Cour suprême. Recours qui devait être examiné ce 10 janvier, pour une issue que tout le monde présage en faveur du sortant avec une invalidation de l’élection d’Adama Barrow. Mais les juges ont fait faux bond, remettant aux calendes grecques tout prononcé sur le recours de Jammeh. Pour sa part, la Cedeao, qui a tenté une médiation dont Jammeh lui réfute la capacité, n’en a pas moins mis en attente ses forces pour une intervention que devra conduire le Sénégal. Non sans promettre de venir installer le Président élu à l’échéance, c’est-à-dire le 19 janvier. Jammeh bande les muscles et menace de ses foudres tous ceux qui tenteront de s’en prendre à son pays. Au Sénégal, beaucoup de voix se sont élevés contre la guerre en Gambie, sous la houlette de l’avocat député Me El Hadj Diouf. La crainte majeure étant, en plus de l’afflux de réfugiés vers les régions limitrophes, la possibilité d’une extension du conflit à la Casamance où la rébellion du Mfdc reste latente, malgré une accalmie qui dure. En tout cas, certains chefs de guerre du mouvement irrédentiste casamançais, accueillis sinon protégés par Yaya Jammeh, n’ont d’alternative que de s’engager à ses côtés en cas de conflit. Mais le risque sera gros, pour eux, car la défaite étant irrémédiable face à des forces coalisées internationales, ils pourraient être mis dans le même sac que l’homme de Kanilaï et se retrouver devant la Cpi ou une autre juridiction africaine pour crimes de guerre. En tout cas, la Cedeao veut ménager la chèvre et le chou, jusqu’au bout. Les chefs d’Etat de l’organisation sous-régionale mettent donc un bémol sur une possible intervention militaire, attendant les résultats de la mission de médiation dirigée par le Président nigérian Muhammed Buhari et qui sera à Banjul ce mercredi.

Mansour KANE

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